Pourquoi nous avons retiré notre soutien à une candidature anti-validiste

Dans le contexte des élections législatives anticipées de juin 2024, nous avons relayé la candidature d’Odile Maurin qui souhaitait être investie et faire campagne pour le Front populaire. Odile Maurin est militante anti-validiste depuis de nombreuses années. Élue à Toulouse, elle est également engagée au sein du collectif Handi-social, et membre de la MDPH 31. Nous étions raviEs de voir une militante anti-validiste proposer sa candidature.

A la suite de notre publication de soutien, des faits de racisme nous ont été rapportés, accompagnés de preuves. La candidature a été relayée sans concertation avec l’ensemble de l’équipe. Celles qui se rappelaient les faits en question – ces faits avaient déjà été remontés par le passé par différentEs militantEs – n’ont pu réagir qu’a posteriori.

Voici les accusations dont Odile Maurin a fait l’objet, et qui nous ont conduit à prendre position collectivement :

  • Avoir appris que le président de l’association Alliance Autiste, avec lequel elle a collaboré pour un rapport sur l’autisme, avait eu des propos racistes graves (appel au meurtre de personnes racisées) et ne pas avoir dénoncé ces propos par la suite ;
  • Avoir diffusé, juste après les manifestations Black Live Matters de 2020, un article à propos de l’impact du covid sur les personnes racisées qui remet en cause l’usage du terme « raciséEe » et parle d’auto-victimisation des personnes racisées. Odile n’a jamais retiré cet article ou reconnu son erreur ;
  • Avoir écrit « il n’y a qu’une race, l’humanité dans le quartier populaire où j’ai vécu » dans un tweet. Et ne jamais être revenue sur sa position. La pensée universaliste, qui prétend ne pas voir les couleurs de peau, contribue à nier les inégalités sociales et discriminations racistes vécues par les personnes concernées.

Nous considérons que la lutte anti-raciste doit être intégrée à la lutte anti-validiste d’une candidate. Dans le cadre d’une campagne électorale, il nous semble indispensable que les positions des candidatEs soient claires et connues. Nous avons prévenu Odile Maurin, en lui détaillant les reproches qui lui étaient adressés, afin de lui permettre d’agir en connaissance de cause.

Nous avons publié ceci :

“Nous apportons notre soutien aux personnes raciséEs et nous dénonçons le racisme comme un système de domination implacable qui écrase et met en danger les personnes concernées. Tout propos niant l’aspect systémique du racisme contribue à alimenter le racisme.
En attendant une réponse claire et engagée de la part d’Odile Maurin dans ce sens, nous retirons notre soutien. Une candidature anti-validiste ne peut se faire sans une conscience pleine et entière de tous les mécanismes d’oppression à l’œuvre.”

Rédigé dans une situation d’urgence, le communiqué diffusé le 13 juin n’était pas suffisamment clair sur les raisons qui soutenaient notre décision. C’est pourquoi nous prenons aujourd’hui le temps de clarifier notre prise de position.

Pourquoi l’anti-validisme ne peut exister sans l’anti-racisme.

Nous souhaitons évidemment que davantage de personnes handicapées soient présentes en politique et portent haut nos luttes anti-validistes. Mais cela ne peut pas se faire en oubliant les autres oppressions à l’œuvre. Et cela vaut bien entendu pour toutes les personnes qui se présentent sous l’étiquette du Nouveau Front Populaire. Nous pouvons soutenir le mouvement dans son ensemble tout en prenant soin de critiquer ses angles morts.

Depuis plusieurs années, l’idéologie de l’extrême droite gagne du terrain, contribuant à aggraver les inégalités et discriminations envers toutes les personnes minorisées, et principalement les personnes racisées ou issues de l’immigration. Le racisme, en plus de ses multiples effets délétères, produit du handicap, du fait de l’interdiction d’accès à la vie citoyenne, des soins dégradés, des maltraitances médicales, des emplois précaires et usants qui dégradent la santé, des violences policières, ou de la psychophobie racialisée dont les personnes racisées sont particulièrement victimes.

Nous devons être d’autant plus vigilantEs que l’extrême droite manipule nos luttes en permanence, en se présentant comme le parti du peuple, des précaires, des oubliéEs de la politique. Nos luttes féministes et queer sont instrumentalisées pour justifier leur projet raciste et xénophobe. Ainsi, lutter contre l’extrême-droite nécessite d’être au fait des oppressions racistes, car les personnes racisées sont toujours les premières victimes et les cibles prioritaires.

Et quid de la lutte anti-raciste au sein des Dévalideuses ?

A ce jour, le collectif ne compte qu’une personne racisée sur une dizaine de membres actifVEs. Nous sommes conscientes des erreurs faites par le passé. Les critiques et retours de militantEs antiracistes sont entendus et pris en compte, et le seront toujours, pour orienter notre travail et progresser sur le sujet.

Nous avons mis en place, depuis environ 2 ans, un travail de fond sur la lutte anti-raciste avec des formations régulières, des collaborations, et des fonctions dédiées pour faire remonter et traiter les éventuelles agressions en interne. Nous restons à votre disposition pour en discuter et si vous avez des questions.

Nous pensons que tout le monde doit progresser et peut progresser, c’est la raison même de notre engagement. Pourquoi militer si on ne croit pas au changement ? La remise en question permanente est une nécessité pour progresser collectivement.

Nous rappelons enfin que nous sommes un collectif de femmes et minorités de genre handicapées, à forte dominante LGBTQIA+, toustes bénévoles, et trop peu nombreuxSES au regard de la charge de travail.

Le travail que nous fournissons est non seulement gratuit, mais il nous expose à revivre les violences vécues (sexistes, validistes, etc.), mais aussi de nouvelles violences, notamment des cyberviolences.

Cela nécessite parfois de prendre du recul, de couper les notifications, non pas pour couper tout dialogue, mais pour nous préserver et prendre le temps d’échanger afin d’apporter des réponses collectives.

Merci de votre lecture, au plaisir d’échanger.

 

Notes et références :