[Cet article fait partie du projet « 31 bonnes résolutions anti-validistes » dévoilé en janvier 2020]

A chaque fois qu’une personne commet des actes violents envers autrui, il est courant d’entendre : « Non mais il est fou ce gars-là ! Il est dérangé, il faudrait l’interner ! ». La notion de trouble psy est systématiquement associée à une attitude violente et imprévisible. Et cela sert souvent à clore le sujet. Combien de fois, face à un « incident » gênant qu’on voudrait étouffer (spoiler : le suspect est souvent blanc) on balaye le sujet d’un « Oh c’est juste un « déséquilibré, il avait des problèmes psy », sans chercher à comprendre ses motivations ?

De fait, nous prenons l’habitude de croire que la violence va de pair avec les troubles psychiatriques ou mentaux, et que les personnes concerné.e.s sont comme des bombes à retardement, susceptibles d’éclater à n’importe quel moment. Pourtant, ces clichés sont bien éloignés de la réalité ! D’après le rapport de la Haute Autorité de Santé sur la dangerosité psychiatrique, il existe une « surestimation manifeste du risque de comportement violent chez les personnes souffrant de troubles mentaux. »

D’après ce rapport, les personnes souffrant de troubles mentaux ne sont que rarement impliquées dans une violence faite à des tiers : 3 à 5 % seulement des actes violents seraient dus à des personnes souffrant de troubles mentaux. Et, surprise, ces personnes sont plus souvent VICTIMES qu’agresseurs. Quand elles ne sont pas victimes de violences et maltraitances de la part de leur entourage, elles ont tendance à se maltraiter elles-mêmes (mutilation, tentative de suicide, etc.)

Cela s’ajoute à un réel manque de prise en charge de ces violences, la parole de ces personnes étant souvent considérée comme moins légitime. Sans surprise, les femmes sont les plus touchées : si 80 % des femmes handicapées subissent des violences au cours de leur vie, plus de la moitié présentent des troubles psychiques. Un autre chiffre flippant ? D’après le site Handicap.fr, alors que 14,5 % des Françaises âgées de 20 à 69 ans affirment avoir déjà subi des violences sexuelles, ce chiffre passe à 90 % pour celles atteintes d’autisme.

Les maladies psy effraient car nous les relions à la perte de contrôle sur soi, ou à des comportements déviants. Dans la pop culture, elles sont l’objet d’une certaine fascination, comme en témoignent le succès de films comme Joker, Le silence des agneaux ou American Psycho. Dans toutes ces œuvres, « folie » et criminalité théâtrale sont généralement associées. Rien que dans les programmes télévisés américains, les personnages ayant des troubles mentaux apparaissent comme dix fois plus violents que l’ensemble des autres personnages.

Entre le cliché du meurtrier psychopathe et du schizophrène violent, nous sommes régulièrement abreuvés d’images erronées de ces maladies mentales. Ces représentations contribuent à stigmatiser durablement les personnes concernées, à les isoler socialement et professionnellement.  Nous avons conscience du long chemin à parcourir pour déconstruire ces stéréotypes, mais aussi des changements opérés ces dernières années pour gommer petit à petit ces représentations psychophobes.  Il est toujours plus simple et réconfortant de se dire que les personnes ayant commis des actes atroces sont fondamentalement différentes. Mais la vérité est tout autre.

Alors, la prochaine fois que vous entendrez dire qu’une personne folle / schizo / psychopathe a commis un acte violent, n’oubliez pas que 95% des faits violents sont commis… par des personnes absolument responsables de leurs actes.

 

Quelques sources pour aller plus loin :

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Voir le thread sur Twitter : J’arrête le validisme : Bonne résolution n°14 !