Nous, Dévalideuses, apportons tout notre soutien au mouvement des lycéens qui se mobilisent depuis fin septembre contre les conditions d’enseignements indignes et les inégalités. Iels réclament simplement des classes fonctionnelles, protégées du froid l’hiver et des canicules l’été, des enseignantEs présentEs, et des ascenseurs en état de marche. Iels demandent également la suppression de la plateforme Parcoursup, peu transparente, qui aggrave depuis des années les inégalités sociales et territoriales.
Leurs mots d’ordres sont légitimes. D’autant plus que la mobilisation a été initiée par les lycéenNEs des quartiers populaires et établissements les plus victimes d’injustices sociales et de privation de moyens.
Les conditions de dégradation qui sont dénoncées excluent encore plus que d’habitude les étudiants en situation de handicap de l’éducation nationale. On pense à toutes les vidéos d’ascenseurs en panne et d’espaces dégradés, sans oublier le manque d’AESH.
La violente répression policière qui leur est proposée est indigne et gravissime. En tant qu’antivalidistes, nous analysons plusieurs choses dans la répression que subissent les lycéenNEs :
Une immense violence raciste et adultiste avec le classique double standard “trop jeunes pour avoir leurs propres idées, et assez vieux pour se faire taper dessus”
L’adultisme est le système d’oppression et de domination des adultes sur les enfants et les adolescentES. Voir le travail du Collectif enfantiste
Le processus d’infantilisation est une stratégie fréquente pour tenter de décrédibiliser la parole d’un groupe. Une stratégie que nous connaissances bien, en tant que personnes et militantEs handicapées.
Les enfants racisés sont victimes d’une intersection d’oppressions, comme le décrit Fatima Ouassak dans la Puissance des mères aux éditions La Découverte. Ils sont privés de leur statut d’enfant, perçus comme plus âgés et devant répondre de leurs actes comme des adultes alors même qu’iels sont parfois très jeunes.
C’est une double violence adultiste : en plus d’être violentés physiquement, leurs revendications sont complètement ignorées, quand elles ne sont pas tournées en dérision. Acrimed a analysé le traitement médiatique et seulement 8% du temps d’antenne est dédié aux revendications.
Leur colère, plus que légitime, est stigmatisée, et c’est partie intégrante de la domination des adultes sur les jeunes. Le messager du dysfonctionnement est désigné comme problème, ça évite de s’occuper du réel dysfonctionnement.
La mutilation et les violences handicapantes font partie intégrante du projet d’Etat.
Mercredi 30 septembre 2026, un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil après un tir de LBD lors d’un blocage. Ce lundi 5 septembre, un autre lycéen de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade de désencerclement.
Amnesty International dénonce l’usage d’armes envers les jeunes et appelle les forces de l’ordre à cesser l’usage des LBD.
Comme lors des gilets jaunes, l’Etat mutile des populations qu’il considère “négligeables” et joue sur la peur de l’invalidité. C’est une menace immédiate faite aux militantEs.
Les lycéenNEs sont ainsi privés de leur droit d’expression citoyenne. Les élèves handicapéEs sont de fait totalement excluEs de ces espaces de manifestation, rendus dangereux par la répression.
Au sein des Dévalideuses, nous comptons des militantEs qui étaient investies au lycée ou pendant leurs études. Toustes témoignent en ce sens. “J’étais militante étudiante, et la violence policière nous est arrivée dessus, petit à petit j’ai intégré la peur de cette violence. En devenant malade j’ai eu encore de plus en plus peur d’aller exercer mes droits et j’ai souvent renoncé.”
Le ministre de l’Intérieur a assuré que si « aucune consigne de retenue » n’a été passée, la consigne est aussi « d’utiliser tout l’armement intermédiaire à disposition des forces de sécurité intérieure ».
Tout ceci advient dans un contexte où la présomption de légitime défense de la police est en passe d’être appliquée. Les vidéos qui circulent dans les médias et sur les réseaux sociaux laissent planer de gros doutes concernant certaines situations de légitime défense.
Puisque l’on n’évoque seulement les violences dans le traitement médiatique, parlons-en : La proposition de budget du gouvernement pour 2027 entérine une extrême violence contre les services publics en demandant des coupes de budget dans les fonctions de base et en refusant de taxer justement les milliardaires. C’est bien là, la violence initiale qui devrait nous révolter tous et toutes.
Comment soutenir le mouvement ?
Rappelons que soutenir les lycéenNEs sans rajouter une couche d’adultisme, c’est aussi ne pas prendre leur place, ne pas récupérer politiquement leur action, et ne pas contrôler leur manière de lutter par exemple.
1. Relayer le petit guide à l’usage des adultes qui souhaitent soutenir la jeunesse sans contribuer à l’opprimer au passage
2. Relayer ce flyer de ressources juridiques pour se protéger lors des mobilisations et anticiper les gardes à vues, rédigé par Comité des avocats de France à vos proches mobilisés
3. Soutenir financièrement la Légal Team Antiraciste qui fait un travail de mise à disposition de ressources et d’avocat essentiel. Relayer leurs contenus à vos proches et jeunes mobilisés
4. Participer à la caisse de grève du lycée Paul Eluard, dans le 93, où la mobilisation a commencé tôt et avec ampleur et où le personnel s’est mis en grève en soutien aux élèves rapidement.
5. Pour les gens qui organisent : réfléchissez à comment rendre votre com de lutte et vos mobilisations accessibles à tous et toutes avec nos guides
6. Rejoindre les mobilisations. Celle du 6 octobre 2026 pour commencer



