Les Dévalideuses

Les Dévalideuses

Le collectif féministe qui démonte les idées reçues sur le handicap.

Texte handifeministe pour la marche Nous Toutes de Rennes – 2019

En 2019, nous avons été contactées par les organisatrices de la marche #NousToutes35 à Rennes, qui nous demandaient si nous avions un texte handifeministe à leur proposer afin qu’il soit lu lors de la marche du 23 novembre 2019.

Nous avons rédigé le texte suivant, qui a été publié sur leur page facebook et lu durant la marche.

 

Aujourd’hui nous défilons pour protester contre les violences que nous subissons. Nous toutes. Enfin, sauf les femmes handicapées. C’est comme les vieilles, on va éviter d’y regarder de trop près, et on va aussi éviter de les imaginer avec des relations sexuelles, c’est trop dérangeant. Et puis de toutes façons, personne n’oserait leur faire du mal, n’est-ce pas ?
Vous y croyez vraiment ? Qu’une population fragilisée comme celle-ci, constituée de personnes dépendantes aux soins, soit épargnée des violences sexuelles et physiques perpétrées par les hommes ?
Avec le handicap, le catalogue des violences s’agrémente de mille possibilités.
Diabétique, il pourra cacher vos seringues d’insuline, ce qui vous conduire au coma.
Autiste, il profitera de votre incapacité à comprendre la situation, prendra votre sourire pour un oui. Votre esprit et votre corps brisés seront incapables d’exprimer ce qui vous est arrivé.
Atteinte de pathologies mentales, il mettra en cause votre lucidité, votre récit de ses actes ou aggravera vos insécurités de manière insidieuse.
Vous êtes dans un fauteuil roulant, il vous enfermera chez vous ou bloquera l’accès à certaines pièces, vous empêchera d’aller chercher de l’aide.
Votre corps est sensible aux coupures, aux ecchymoses ? Il lui sera facile de prétendre que vous êtes tombée. Le corps soignant n’ira pas chercher plus loin.
Votre traitement comporte des médicaments troublant votre état de conscience ? Il en profitera pour abuser de vous, peut-être que vous ne vous en souviendrez pas. Il dira que vous avez rêvé.
Dépendante financièrement ? Vous subirez plusieurs viols conjugaux et des remarques constantes sur la chance que vous avez qu’il prenne soin de vous, et que sans lui vous ne seriez rien. Vous finirez pas le croire.
Peut importe votre handicap, votre déposition ne sera pas entendu par la police. Vous serez infantilisée et poussée vers la porte dès la première manifestation de votre différence.
Le milieu médical ne sera pas en reste. Racisée, votre douleur ne sera pas prise au sérieux. Queer, transgenre, ces sujets là seront balayés d’un revers de main. Vous êtes handicapée, c’est déjà bien assez.
En fauteuil, il vous sera impossible d’entrer dans le commissariat pour porter plainte car il ne sera pas adapté. Non verbale, aucune aide à la communication ne sera disponible. Incapable de vous exprimer car en état de choc, vous ne serez pas crue. Si vous avez des antécédents psy, inutile d’en dire plus. Votre folie vous aura marquée d’un fer rouge.
Et puis bon, violer une femme handicapée, c’est presque lui faire une fleur, personne ne voudrait d’elle sans ça. Les hommes consentant à être en couple avec des femmes handicapés sont un peu des héros à leur manière non ?
Malgré ce climat délétère, nous vivons des romances, des histoires de culs et des histoires d’amour. Mais l’inquiétude est là, omniprésente, et le prix de la confiance donnée tellement élevé. Si vous décidez d’officialiser votre couple, votre AAH sera réduite à peau de chagrin, et votre subsistance totalement dépendante de votre conjoint.
Vous connaissez les difficultés à quitter un mari maltraitant. Ajoutez-y le ou les handicaps de votre choix, et vous aurez une vague idée de ce qu’une trop grande partie des femmes handi vivent.
C’est pourquoi nous faisons entendre notre parole en cette journée dédiée à la lutte contre les violences faites aux femmes, et appelons à plus d’inclusion et de sororité dans les milieux féministes, et à terme dans la société dans son ensemble.
Merci de nous écouter et de faire porter nos mots.